One thought on “Une barque à terre – Palluel”

  1. Quand j’étais enfant blond bouclé en bermuda à carreaux, mon frère m’avait emmené avec sa Golf noire dans un endroit qui me laissera rêveur toute ma vie.

    Je ne saurai jamais dire où c’était. Mais ce n’était pas loin de chez nos parents. Nous nous sommes garés sur le bas-côté d’une route qui ne s’y prêtait guère, le long d’une forêt, nous avons du descendre de quelques mètres, et quelques dizaines de pas plus loin, nous pouvions marcher sur le pont de quelques anciennes péniches, à peine sorties de terre ou plutôt d’argile. La flore était abondante, pleinement estivale, bien verte et fraiche, il ne faisait pas chaud ni froid: il faisait bon. Je crois que c’était en fin d’après-midi. Sans doute les lieux me paraissaint alors plus grand puisque j’étais enfant mais alors que je marchais sur ces planches à demi-ensevelies, je regardais avec inquiétude la fière cabine qui sortait de terre comme la vigie d’un vaisseau fantôme. Je crois que mon frère s’en est approché, je ne sais plus. A travers ce qui autrefois servait de fenêtre, je ne voyais qu’une obscure désolation et un abandon des lieux qui les avaient rendus dangereux. Je n’ai donc pas eu le courage de m’en approcher (c’est peut-être pourquoi je vis dedans aujourd’hui).
    J’en retiens surtout les couleurs: un vert d’une fraicheur chaude que je doute retrouver un jour, un ocre d’une pureté qu’on ne pourrait peindre.

    Et puis nous sommes repartis. Cela n’a duré que quelques minutes.

    Il m’est arrivé plusieurs fois d’en reparler à mon frère mais mes questions sont restées comme toutes celles que je lui pose.

    A quoi bon savoir. Il m’a offert sans le savoir un des plus marquants et des plus beaux moments de ma vie. Je le garderai comme tel.

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